Nukus, ville fantôme
Dimanche 15 novembre 2009
Nukus est une ville soviétique et un univers de désolation de béton décrépi constitué de grandes barres d’immeubles et de dalles battues par les vents le tout figé par le froid. La seule raison qui pourrait emmener un touriste ici est l’incroyable musée Savitsky. C’est de loin le plus impressionnant d’Asie centrale. Il reste cependant méconnu car difficile d’accès.
Igor Savitsky, artiste et ethnographe, a littéralement « planqué» et sauvegardé ici 90000 œuvres, une des plus grande collection artistique de l’ancienne Union soviétique. Une partie est en effet constituée d’œuvres interdites et bannies par Moscou car non conforme au réalisme soviétique. Comme le décrit une des plaquettes du musée « Mesure-t-on ce que signifie, dans ces années là, le simple fait de représenter obstinément autre chose que les figures optimistes de l’avenir radieux, l’ouvrier devant sa machine, le paysan devant sa récolte, le sportif au moment de gagner ? ». La collection n’est cependant pas restreinte à « l’art égaré ».
Le premier étage comporte une grande section ethnographique, vêtements et bijoux des peuples locaux, une yourte entièrement décorée, des trouvailles archéologiques de la région des Elliq-Qala, mais les œuvres les plus frappantes sont les peintures et les quelques sculptures. Il existe une génération contemporaine de jeunes peintres karakalpaks et ouzbeks, dont les œuvres entre impressionnisme et figuration, possèdent une force et une utilisation de la couleur à couper le souffle.
Le deuxième et dernier étage possède une collection de 79 copies de chef d’œuvres mondiaux, dont beaucoup proviennent du Louvre. Nous tombons entre autres sur un buste de Molière et une statue de la vierge dorée de la cathédrale d’Amiens ! Finalement l’espace consacré aux œuvres interdites de l’Union Soviétique révèlent des œuvres entre cubisme et futurisme, représentant qui la défaite du boxeur, qui la fatigue du travail au champ, ayant toutes dans leur sujet l’explication même de leur censure. Dans le musée désert, les gardiennes en surnombre nous pourchassent de salle en salle, surveillant nos moindres faits et gestes !
En dehors du musée Savitski, la ville possède un bazar qui se révèlent être, comme souvent en Asie centrale, un endroit fabuleux ! Les gens peu habitués aux touristes, en particulier en cette saison, nous réclament de les prendre en photos ! Les étals de fruits secs, épices, papiers toilettes ou tout ce qui peut se trouver ainsi que le chaos humain constituent une atmosphère sans égal, chaque vendeuse, matrone emmitouflée sous des pulls et des manteaux au dos imprimé d’un paon (les fameuses « peacock women » de John et Ryan!) essaye de nous attirer par leurs cris à notre passage, chaque regard croisé est une invitation à venir goûter qui un abricot sec, qui un bout de gâteau…
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