Échappée aux portes de la mer d’Aral
Lundi 16 novembre 2009
7h00, dimanche matin, nous voilà embarqué par le cousin de Jean, notre taxi de la vieille pour notre course contre-la-montre à destination de Moynaq. Le train part à 15h pour Tachkent et nous avons 400 km aller-retour à couvrir depuis Nukus ! Nous commençons à rouler alors que le soleil dort encore. De nombreuses personnes déambulent dans la pénombre de chaque côté de la route. Le chauffeur nous explique qu’ils se rendent au grand bazar des animaux du dimanche matin.
La route défile, longue, droite monotone mais plutôt en bon état. Le soleil se lève. Une bonne heure et demi plus tard, nous apercevons le panneau de béton marquant l’entrée de l’ancien port sur la mer d’Aral, Moynaq. La voiture roule encore un bon moment avant d’arriver aux portes de la ville. Les maisons blanches et bleues et les rues balayées par le sable donnent vraiment à la ville une atmosphère maritime, mais la mer manque à l’appel.
Un premier bateau échoué nous le confirme. Un monument a été aménagé avec des panneaux explicatifs sur un promontoire rocheux qui dominent l’ancien lit de la mer, vaste étendue sableuse infinie, balayée par les vents glacés. Dix navires rouillées reposent là, alignés les uns à coté des autres. La mer s’est repliée à une distance incroyable de 150 km et ce en moins de 40 ans.
Cette vision apocalyptique, dans une atmosphère froide et silencieuse fait prendre conscience de l’étendue du désastre. Un escalier descend vers la mer de sable où sont parquées les carcasses rouillées. Le site est lugubre tout en étant fascinant. Nous resterons un peu plus d’une heure appareil photo à la main dans le froid hivernal, explorant les témoins naufragés. Le soleil vient de se lever, le ciel est bleu immaculé, la lumière pour les clichés est parfaite.
De retour dans la voiture nous restons muet. Quel gâchis. Comment les habitants arrivent à vivre désormais ? Du coté nord, kazakh de la mer d’Aral, des initiatives du pouvoir ont permis de faire remonter le niveau de la mer et de relancer une petite industrie de pêche locale. La mer d’Aral est maintenant coupée en deux. Le nord se rempli mais le sud, géré par les ouzbeks continue de se dégrader. Plusieurs explications à cela : le pays est moins riche, la politique environnementale moins développée, et surtout l’industrie du coton est grande consommatrice d’eau. Héritée des soviétiques, qui commencèrent à assécher la mer d’Aral pour soutenir cette production implantée de force, le coton reste un secteur économique majeur pour l’Ouzbékistan actuel même si le pouvoir tente de diversifier les cultures.
Revenu à Nukus, après le même long et monotone parcours en sens inverse, nous évitons de peu de partir pour une destination inconnue en nous trompant de train. Le notre est en retard, et apparemment celui qui le précède également. Nous interrogeons une dizaine de personnes pour avoir la bonne info !
Nous embarquons finalement dans le bon train. Nous avons opté pour un billet en platzkarni, c’est-à-dire en troisième classe des trains russes. Voyage épique d’une nuit dans un dortoir géant d’une cinquantaine de personnes où nous rencontrons de nombre passagers dont Farid et son amie, la bouteille de vodka ! Refuser de boire passe pour une insulte. Tom accepte le premier verre et parvient à éviter les suivants. Nous aurons l’impression sur ce trajet d’être des super stars, la moitié du wagon tentera en effet de nous prendre en photo avec les indispensables mobiles !
Si vous avez apprécié cet article, s'il vous plait, prenez le temps de laisser un commentaire ou de souscrire au flux afin de recevoir les futurs articles directement dans votre lecteur de flux.
_Slide_MenuImage/images/rss.gif)
Commentaires
Pas encore de commentaire.
Laisser un commentaire