Un p’tit coin de paradis
Du dimanche 17 au mercredi 27 janvier 2010
L’armée du salut, vous connaissez? Eh bien c’est là, à la Salvation Army dans le quartier de Colaba que nous avons posé nos sacs, en dortoir, pour les quinze prochains jours. Ici, les backpackers se relaient presque sans discontinuer, le coût de l’hébergement étant assez élevé dans le reste de la ville. A peine arrivés, on nous propose un job dans un Bollywood. L’expérience nous aurait bien plu, mais le producteur souhaite des anglais de langues maternelles. C’est pour du doublage et les « vrais » anglais ne manquent pas par ici, tant pis !
Vivi fait la connaissance de Sue la coréenne au petit sac à dos, Momo, la japonaise spécialiste de macramé, Johanna, la suédoise séduite par la simplicité dans le voyage et de Raphaëlle la française fraîchement arrivée. Elle est habillé plutôt chaudement pour Bombay. Vivi est intriguée et lui adresse la parole dans le dortoir. Elle vient tout juste d’arriver et même si les températures tournent autour de trente degrés, rappelons-nous que c’est l’hiver en France!
On voulait de la chaleur, on l’a eu ! Pour trouver des endroits frais dans la ville chacun à sa méthode. Sue par exemple va s’enfermer dans les salles obscures pour profiter de l’air climatisé. De notre côté, nous allons nous promener au bord de la mer. Mumbai est construit sur une péninsule et Marine Drive, l’avenue-promenade qui s’allonge sur la baie principale, est parfaite pour nous rafraîchir un peu, tout comme les jardins suspendus. A l’ombre des buissons, on peut s’y allonger dans l’herbe sans même se faire embêter par des vendeurs en tout genre…
C’est l’anniversaire de Vivi. A cette occasion, Tom nous offre un bon restaurant. Nous y dégustons une viande parfaitement cuite. Quel bonheur. Une bonne pièce de bœuf, ça faisait longtemps. Après ce qui fut un des meilleurs repas du voyage, nous retrouvons Raphaëlle autour d’une bière. Nous repassons par le bord de mer, toujours bien agréable et discutons jusqu’à la fermeture des grilles de l’auberge.
Michaël nous aborde dans le dortoir des garçons par un « ah vous êtes français !! » et nous dit qu’il vient d’arriver d’Europe par voie terrestre. C’est un amoureux des rails et de leur lenteur, du ronron et de la vie qui s’y crée, tout comme nous. Prendre un train pour trois heures peut paraître ennuyeux à certains. Y vivre pendant des journées nous a enchanté. Nous partageons nos expériences de trains russes, il nous conte celles des trains en Iran. Michaël est architecte de formation et aime dessiner. Sa curiosité l’a mené au fin fond d’un bidonville qui se trouve être selon son récit, un véritable petit coin de paradis.
Après un marché aux légumes, il faut tourner à droite, puis à gauche et suivre une petite allée sur plusieurs dizaines de mètres. Là, une longue allée assez étroite et qui se rétrécie encore par la suite nous entraîne dans un nouvel univers. Des petites maisons constituées d’une pièce unique avec des échelles, permettant de rejoindre le premier étage des logements de fortune, des habitants assis, discutant devant leur façade, des enfants courants dans la ruelle, des marchands ambulants empruntant d’autres allées encore plus étroites en parallèle à la ruelle. Et au bout de ce microcosme, une ouverture sur la mer, un horizon libre, place de béton de 20 m² à pic sur la mer, où des joueurs de cartes à la Pagnol parient quelques roupies. Des enfants s’y amusent. Certains s’entraînent au criquet pendant que d’autres essaient de faire voler un cerf-volant et que des petites filles sautent par dessus une corde. Tout ce petit monde vit dans la bonne humeur au milieu d’une espèce de décharge commune qui sert de latrines au quartier, à gauche les hommes, à droite les femmes.
L’endroit est magique. Loin de tous les klaxons de la ville et des autres nuisances. Michael s’y est posé et a commencé à dessiner ce qui intrigue les gens qui se sont regroupés autour de lui. Peu parle l’anglais, ici on parle le marathi du nom de l’état le Maharashtra. Quelques jeunes filles servent d’interprètes et prennent soin de nous. Le coucher de soleil y est vraiment agréable. Entourés de rires et de la curiosité des enfants, nous sommes acceptés et chaque nouvelle journée nous apportera des sourires supplémentaires. Nous irons avec Michaël y passer toutes les fins d’après midi jusqu’à notre départ de la ville.
Le train de banlieue sert à des millions de commuters chaque jour. Complètement bondé aux heures de pointe, il est un moyen efficace, rapide et peu onéreux de se déplacer en ville. C’est une image traditionnelle de Mumbai, sorte de RER gris métal, aux portes ouvertes où les gens se suspendent et s’entassent. Nous l’emprunterons de temps en temps pour aller du bord de la mer au centre d’un quartier où se trouve une « boulangerie française » comme l’annonce un vieux panneau de l’entrée (qui traduisait « Happy new year » en « Bonne chance »!). C’est à côté de la cathédrale St Thomas, ça ne s’invente pas !
Par le plus grand des hasards, nous rencontrons Jack au détour d’une rue, cycliste rencontré à Tachkent. Il a quitté Matt et Keith et a été rejoint par d’autres cyclistes. Cela nous fait plaisir de nous recroiser. Nous passons la soirée ensemble à nous raconter nos parcours respectifs autour d’un repas à notre cantine, le restaurant Bagdadi, et allons boire un jus de fruit au « Juice center » dans la rue principale en guise de dessert.
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